Bio-écrivain

Chroniques des Vérités relatives et absolues biologiques - Par Mlle Stan

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Rhizopus stolonifer

Être écrivain… Voilà une phrase qui fait à la fois rêver et grimacer. Déjà, ce n’est pas aussi facile que ça en a l’air, puisqu’il y a le fameux syndrome de la page blanche. Tout le monde le connaît : il faut écrire quelque chose et l’on ne trouve rien. On a beau chercher, mais les pensées créatives sont toutes déviées vers le fait que lesdites pensées sont manquantes. Rien-ception. À l’opposé de l’arbre diversifié du monde des métiers mal compris qui cachent une réalité de mode de pensée passionnante, dans l’embranchement de la science, on trouve les biologistes. Le point commun actuel : on est tous fauchés. D’un point de vue historique ou phylogénique, le dernier ancêtre connu commun aux deux serait les philosophes.  Alors imaginez comment on se sent quand on est chanceux et qu’on réalise qu’on correspond au spécimen vivant (survivant?) des deux métiers en même temps. Tu fais quoi, comme boulot? Écrivain biologiste. Ah, bon. Et est-ce que c’est contagieux?  

Parfaitement. Oui, il y a un danger de contamination élevé, mais la situation n’est pas aussi critique que l’introduction pessimiste en laisse penser. Voyez-vous, il y a la prestance de vie de bohème et les applaudissements quand la prose scientifique apparaît de manière aussi spontanée que la fameuse pomme sur le crâne de Newton. Toutefois, le hic, comme pour ce cher Isaac Newton, selon la légende de la pomme qui a atterri sur sa tête lui révélant par ce fait la réalité de la gravitation universelle, c’est qu’on ne s’y attend pas. La pomme serait tombée d’elle même pour révéler à ce génie son génie. Puis là, on attend que l’idée vienne, quand soudain, un élément déclencheur pire que la situation initiale d’être un écrivain biologiste a la possibilité de nous tomber dessus. La faim. Quand on réalise que non seulement le vide s’est fait dans sa tête, mais aussi dans l’estomac. Donc Isaac, il faut aller sous un pommier et attendre, c’est ça? Pour échapper au manque d’idées et aux gargouillements d’un coup? Quel cerveau!

Mais les besoins primitifs de nourriture se faisant de plus en plus violents, il faut se déplacer du bureau de l’artiste idéaliste à la cuisine de l’humain mourant de faim. On a alors une question soudaine teintée d’un arrière-goût philosophique. Comment se sont sentis les premiers scientifiques en découvrant l’atome, le fond du bocal de la limite du petit? Probablement comme un étudiant qui touche le fond du frigo en ayant la certitude du néant. Même pas un néant relatif, mais absolument absolu. Fauché et affamé. Toutefois, il y a la possibilité du miracle : que cette découverte en déclenche une autre, comme une cascade de réactions chimiques. Le temps fut une solution pour réaliser que toute certitude des savants peut être remise en question et que l’atome est divisible, que le néant s’intensifie. Ainsi donc, l’Étudiant, encore une fois, peut ressentir cette joie de la découverte scientifique quand il réalise que non seulement les protons cachent des particules plus petites, mais que le coin obscur du frigidaire cache, pour sa part, un morceau de pain. Vive le désordre du niveau atomique à celui comique! 

Seulement voilà, le pain constitue le gîte d’un eucaryote. Ce dernier est bleu (pour l’étudiant, on parlerait plutôt d’avoir le blues, mais l’idée est là). Le morceau agglutiné d’eau et de blé en poudre malaxé et réchauffé par des réactions de combustion des fours d’un boulanger inconnu s’est fait envahir, à l’une de ses extrémités, par un eumycète. Traduction : le pain est moisi. Simple, mais moins séduisant.

Donc, le pain est dans une situation critique, mais pas si tragique. En effet, par simple curiosité, on peut aller faire une recherche sur les risques associés à l’ingestion de moisissure, ces êtres plus rapprochés de nous que des plantes. Alors, on voit la réalité sous un nouveau jour par des vérités simples. Des vérités telles que la partie bleutée et duvetée n’est que le sommet de l’iceberg d’un réseau de ramifications qui a sûrement conquis la totalité de la surface de matière farineuse. La monstruosité est en réalité un champignon qui porte fièrement sur son certificat de naissance le nom de Rhizopus stolonifer. C’est aussi un guerrier qui utilise une arme toxique portant le nom adorable de mycotoxine. Finalement, on s’avoue qu’on n’ose plus manger le pain par passion de la chose extraordinaire qui a été personnifiée plutôt que par un réflexe absurde de vil dégoût. Il est alors trop tard pour revenir en arrière: on est alors un véritable écrivain biologiste.

3 COMMENTS

  1. Wow comment on ecrit « je suis impressionnée franchement chapeau madame 😃 » quand on est écrivain biologiste ? ^^

  2. Vous me semblez dotée, Mlle Stan, d’une plume assez perspicace, le syndrome de la page blanche ne semble pas vous guetter à moins que ce texte ne vous soit carrément tomber sur la tête révélant sur le coup votre génie😉
    Maryse B

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